« ça quitte les livres et ça vient dans le corps » (Mathieu Riboulet)

 Principes artistiques

 La compagnie day-for-night s’est créée en 2000, d’abord en Ile de France, et s’est installée en Franche-Comté en 2007. Elle est dirigée par la metteure en scène Anne Monfort, cherche des formes qui allient le visuel et le textuel, la fiction et le documentaire, la précision du jeu de l’acteur et une dramaturgie approfondie. Inspirés par le Nouveau Roman et la Nouvelle Vague, les spectacles de la compagnie créent des indices qui permettent de constituer une fiction sans la suivre de bout en bout, des états de présence particuliers, des coexistences d’éléments textuels fragmentaires et parfois contradictoires. Nous considérons le théâtre comme le lieu qui permet à la fois d’organiser un peu de pensée et le lieu du choc esthétique, le lieu qui articule l’intime et le politique.

Les premiers spectacles de la compagnie (Dieu est un DJ en 2002, Tout. En une nuit. en 2005 puis Sous la glace en 2007 et Nothing hurts en 2008)  se créent à partir de textes de l’auteur allemand Falk Richter, dont Anne Monfort est aussi la traductrice. Parallèlement à ce long compagnonnage avec Richter, elle a travaillé sur des montages de textes, ainsi que sur des formes proches de la performance, comme Laure (2006) ou  le diptyque Notre politique de l’amour (2010-2011) qui réunissait comédiens, performeuse et musicien. Elle a travaillé aussi sur des spectacles in situ, comme Next Door, qui investissait des appartements vides avant leur prochaine location, ou pour des dispositifs spécifiques comme Les fantômes  ne pleurent pas (2012), où les spectateurs n’assistent pas au même spectacle selon le côté où ils sont placés. Au cours de ces travaux, s’est développée une direction d’acteurs précise, travaillant selon un système de montage cinématographique, où l’acteur porte le changement de la forme- c’est le changement de code de jeu qui fait passer l’ensemble du spectacle du documentaire à la fiction, du politique au poétique. Ce travail s’est poursuivi notamment par la collaboration de la metteure en scène Anne Monfort avec la comédienne Pearl Manifold, dans Temps universel +1 de Roland Schimmelpfennig (2015), Morgane Poulette (2017)  et plus récemment Désobéir- Le monde était dans cet ordre-là quand nous l’avons trouvé (2018), en affinant un travail précis sur la prosodie, avec des ruptures et des changements de registre qui font basculer le spectacle dans un autre genre.

Après des tentatives d’écriture personnelle, Anne Monfort a eu l’envie de pousser davantage l’articulation entre dramaturgie et mise en scène, en travaillant soit sur des commandes d’écriture, soit sur des adaptations de romans.

Elle s’est ainsi associée à l’auteur Sonia Willi, afin de mettre en place une collaboration approfondie entre écriture textuelle et écriture de plateau et avec qui elle a créé en mars 2012 à la Halle aux Grains-Scène nationale de Blois Quelqu’un dehors moi nulle part, ainsi que la petite forme EXIT en 2013 pour le festival 360 à Montreuil. En 2014, elle a retrouvé Falk Richter pour Et si je te le disais, cela ne changerait rien, un travail autour d’inédits à partir de ses journaux.  Elle a ensuite passé commande à Mickael de Oliveira, auteur portugais, et Ulrike Syha, autrice allemande, de No(s) révolution(s), travail pour lequel une historienne nous a rejoints. La compagnie day-for-night est actuellement en compagnonnage avec l’auteur Thibault Fayner, dont nous avons créé Morgane Poulette, et qui travaille à une nouvelle pièce.

Travailler sur des matériaux littéraires, et notamment sur des romans est un travail que la compagnie mène depuis longtemps. Depuis son installation en Franche-Comté, la compagnie day-for-night a travaillé en partenariat avec l’Agence Livre et Lecture pour des lectures scéniques et rencontré ainsi de nombreux auteurs. Les romans nourrissent non seulement le texte du spectacle mais aussi sa dimension scénique. Le roman permet aussi de croiser matériaux littéraires et textuels et des éléments d’actualité ou documentaires qui entrent en résonance avec eux. Depuis L’Ultime Question d’après Juli Zeh autour des mondes parallèles, créé en 2009 avec les élèves de l’école de la Comédie de Saint Etienne,  Si c’était à refaire en 2010, qui éclairait des personnages de Döblin et Musil par le rapport récent de l’INSERM sur la déviance précoce, Anne Monfort a poursuivi ces adaptations, avec Perséphone 2014 d’après Gwenaëlle Aubry, et plus récemment Désobéir-Le monde était dans cet ordre-là quand nous l’avons trouvé qui met en regard le procès récent de Rob Lawrie pour délit de solidarité et l’écriture de Mathieu Riboulet sur la violence d’état dans les années 70.

Les derniers spectacles questionnent également le dialogue entre les langues et le rapport à l’histoire. No(s) révolution(s), commande d’écriture à un auteur portugais et une autrice allemande, créée avec deux acteurs français, une actrice allemande, une actrice portugaise, s’est jouée et diffusée dans les trois pays en 2016, avec un travail sur les langues qui se modifiait d’un pays à l’autre. Morgane Poulette mêle le français et l’anglais dans leur musicalité comme dans le sujet qui traite la ville de Londres comme un territoire de fiction. Désobéir-Le monde était dans cet ordre-là quand nous l’avons trouvé traite aussi de l’échec d’une certaine construction européenne, entre les années 70 et aujourd’hui, cherche « un peu de politique entre ».

 Depuis le début de l’installation de la compagnie en Franche-Comté, le rapport au territoire est fondamental. Outre des spectacles, la compagnie crée également de nombreuses petites formes, performances, lectures, permettant de travailler sur différentes modalités de rencontre avec le public. Les formes courtes, libérées de contraintes fortes de production, permettent des gestes plus immédiats, plus « lâchés », et de diffuser dans un réseau différent.

Les lectures ont permis aussi de poursuivre un dialogue permanent avec la littérature et d’inventer d’autres formats de diffusion, comme le feuilleton Pars vite et reviens tard en 2011 dans les médiathèques du territoire de Belfort, la collaboration sur deux saisons avec le groupe de percussions d’Hervé Berger au Conservatoire de Belfort pour des lectures musicales itinérantes, et enfin le partenariat de longue date avec l’Agence Livre et Lecture de Bourgogne-Franche-Comté et la direction de lectures scéniques dans le cadre du festival Les Petites Fugues sur l’ensemble du territoire franc-comtois et dans des lieux parfois insolites.

Anne Monfort a été invitée également par le festival de caves depuis 2014, et y a ainsi créé Black house, Temps universel +1, Perséphone 2014, Morgane Poulette et cette année La méduse démocratique. Tous ces spectacles ont permis de sillonner le territoire, avec des formes plus légères, et d’aller à la rencontre de nouveaux publics sur le territoire franc-comtois et national.

Depuis 2008, day-for-night est également membre de 360, collectif de quatre compagnies qui organise des festivals et des soirées de formes courtes notamment en région parisienne. Le premier festival a eu lieu en 2008 à Mains d’œuvres (93), le second en 2010 à Lilas en scènes (93), le troisième au CDN de Montreuil. 360 est un espace de création mais aussi de programmation qui permettent d’expérimenter la construction d’un événement scénique spécifique, dans des lieux particuliers, dans une énergie de festival partagée à plusieurs équipes.

day-for-night est conventionnée 2016-2018 par la DRAC Bourgogne-Franche-Comté, soutenue par la Région Bourgogne- Franche-Comté, et dans ses projets par le Conseil départemental du Doubs et la Ville de Besançon.

Photo © Luc Arasse